12 mars.

Partir en voyage solo à New York City pendant la semaine de relâche est pour moi l'incarnation même de la mentalité du « faire malgré la peur ».

Imaginez-moi, ayant grandi dans une petite ville sur la côte est canadienne—paralysée par l'ennui, mes amis et moi passions le temps à jouer dans les bois. On imaginait des créatures cachées derrière les arbres ou sous les rochers, nos fantaisies débordantes étant notre seule échappatoire à l'isolement du bled. Peu à peu, les fantaisies de notre jeunesse ont cédé la place à l'impulsivité de l'adolescence: fumer sur la plage de gravier, se baigner nus dans la rivière à 15 °C sous un ciel constamment gris, faire un feu de camp dès la nuit tombée et y brûler des objets qu'on a récupérés dans la nature, se filmer dans des maisons délabrées, s'asseoir au bord de la falaise et regarder les vagues s'y fracasser violemment.

Nous avions seize ans, et ce petit monde ne pouvait plus nous contenir.

Montréal était la ville la plus vivante et assez proche de chez nous pour que mes parents et moi puissions nous y rendre en voiture durant les longues fins de semaine. Au fil des années, j'ai entretenu un attachement à cette ville, ce qui m'a finalement poussée à m'y installer. Je cherche à trouver des similarités dans les émotions que m'évoquent les grandes villes lors de mes voyages récents; toutes partagent une énergie excentrique et expérimentale qui rend possibles même les plus absurdes des fantasmes. Je m'y sens à la fois invincible et terriblement vulnérable.

Lors de chaque exploration d'une nouvelle ville, je m'y projette en me demandant si je pourrais y vivre. À quel moment une ville nous donne-t-elle un sens d'appartenance? Qu'on y soit voulus, qu'on y ait sculpté une place pour s'y installer. Qu'on y soit reconnus et qu'on se reconnaisse, plutôt que de rester inconnus parmi d'autres.

À partir du deuxième jour, le quartier m'était devenu assez familier pour que je puisse m'y aventurer sans l'aide de Google Maps. J'ai alors sorti mon appareil photo numérique pour commencer à documenter mon voyage comme il se doit. Le ciel est resté gris pendant les cinq jours, ne se montrant que quelques minutes avant de disparaître à nouveau. Je n'ai pas laissé cela ternir mon regard sur la ville. Au contraire, cela me rappelait les nombreuses journées maussades passées dans la ville où j'ai grandi. Là où les ciels bleus semblent vastes et infinis, la brume donne l'impression que le monde est plus petit et plus facile à appréhender. Même les gratte-ciel se perdent dans le grand au-delà.

J'aime croire que les gens aux derniers étages voient quelque chose de magique. Les rayons de soleil qui ricochent sur les façades de verre, les lumières de la ville qui scintillent en contrebas, et les gens de minuscules silhouettes qui sillonnent les trottoirs avec une assurance intouchable, chacun portant une destination qui s'accumule pour former une vie entière, que seule une mince fenêtre nous laisse entrevoir.

Le problème avec les courts voyages, c'est qu'au moment où l'on se sent enfin à sa place, il est temps de faire ses valises et de quitter la ville et tout ce qu'on y a construit. Il y a ce sentiment inévitable de toujours laisser quelque chose d'inachevé quelque part, qui restera inaccessible jusqu'à notre retour. Nos vies se fragmentent dans tous les coins de ce monde et ne se manifestent que lorsque nous revenons au même endroit, avec les mêmes personnes.

Il est temps de dire au revoir à la version de moi que j'ai découvert à NYC. Ou plutôt, à la prochaine. J'espère me redécouvrir bientôt.