Je vous écris pour la première fois, chers lecteurs, à l'instant où j'entre dans une sorte de transe entre midi et le crépuscule (à 16 h 30 en janvier), qui n'arrive qu'en hiver, les jours où le soleil ne semble pas se lever. Cela crée une période liminale avec une nuit qui semble éternelle. Cette sensation d'éternité ressemble beaucoup à celle que j'éprouve après m'être complètement absorbé par une œuvre artistique qui me semble magique. Je crois que seuls ces deux phénomènes peuvent me procurer ce sentiment.
Cette éternité n'est pas réellement éternelle—pas dans le sens où une chose dure à jamais—plutôt comme si le temps se tient immobile et prenait une qualité tangible, presque étouffante, qui m'avale dans son trou noir et me recrache en continu. C'est une spirale temporelle qui demande que je fasse abstraction de toute distraction de la réalité, au point d'en oublier moi-même.
Pour décrire le processus interne qui se produit à ce moment-là, c'est comme si j'avais l'instinct de tirer le plus de sens possible de l'œuvre que je viens de découvrir, que ce soit un livre, un film, une toile, un album de musique, etc. N'importe quelle pièce artistique est sacrée et renferme une signification que je me dois de comprendre et de partager avec le monde en créant encore plus d'art, ce qui nous bloque tous dans une poursuite sans fin de comprendre et de se faire comprendre.
Et puis, pourquoi cette obsession de donner un sens à tout? Est-ce inné à toute l'humanité ou juste moi? Qu'en est-il de la valeur simple d'actes créatifs presque instinctifs, lorsque l'imaginaire et le subconscient prennent les devants—n'est-ce pas là que la magie peut être trouvée? La création qui ne demande pas de se dissocier de la réalité pour entrer dans cette transe étrange, justement, mais qui amène à concrétiser son art grâce au corporel.
Maintenant, je me laisse osciller entre les bruits de fond: les pas de mes voisins du dessus, le vent dehors qui s'éclate contre la fenêtre du salon, des voix indéchiffrables de la rue et le son statique que fait le silence quand on se concentre trop.
Le thème "slice of life" est récurrent dans les médias que je consomme: le va-et-vient du quotidien qui amène des coincidences qu'on pourrait presque interpréter comme destinées. La leçon qui me revient, c'est de laisser les choses se faire par elles-mêmes. Tu attireras la vie que tu souhaites mener, parce qu'elle est faite pour toi. Cela peut s'appliquer aux relations aussi. Les personnes qui viennent à toi ont peut-être une raison d'être dans ta vie à ce moment précis, et partiront lorsque leur rôle sera complété. Je ne sais toujours pas si j'y crois complètement, mais j'essaie d'envisager les choses comme ça pour arriver à lâcher prise. Je ne pense pas être la seule à ne pas laisser aller quelque chose, même si je sais que tout a une date d'expiration, et que d'y mettre de l'énergie alors qu'elle a déjà expiré est futile.